L’accession au pouvoir de Patrice Talon en 2016 marque une inflexion majeure dans la gouvernance économique du Bénin. Porté par une promesse de rupture avec les pratiques antérieures, son projet politique s’est structuré autour d’un objectif central : restaurer la crédibilité de l’État, moderniser l’économie et inscrire durablement le pays dans une trajectoire de croissance soutenue.

Décliné à travers deux cycles du Programme d’Action du Gouvernement (PAG), couvrant les périodes 2016–2020 et 2021–2026, ce projet s’est appuyé sur une approche résolument technocratique, incarnée notamment par Romuald Wadagni. Dès lors, l’évaluation du bilan de cette décennie appelle une analyse nuancée, croisant engagements initiaux, réalisations économiques et implications politiques et sociales.
I. 2016–2020 : restaurer les fondamentaux économiques et institutionnels
Le premier quinquennat s’inscrit dans une logique de stabilisation et de reconstruction de la crédibilité étatique.
Sur le plan macroéconomique, les autorités béninoises ont poursuivi une politique de discipline budgétaire et de rationalisation des dépenses publiques. Cette orientation a contribué à renforcer la confiance des partenaires techniques et financiers, tout en permettant au pays d’accéder, pour la première fois, aux marchés internationaux de capitaux. L’émission d’euro-obligations, dans un contexte régional encore prudent, a constitué un signal fort quant à la qualité perçue de la signature souveraine du Bénin.
Malgré le choc exogène lié à la pandémie de Covid-19, l’économie béninoise a fait preuve de résilience, avec une croissance positive estimée à environ 2,3 % en 2020. Cette performance, relativement supérieure à celle de nombreux pays comparables, reflète les effets des réformes engagées en amont.
Parallèlement, des réformes structurelles ont été conduites dans plusieurs domaines : simplification des procédures administratives, amélioration du climat des affaires, modernisation de la gestion publique. Ces transformations ont contribué à repositionner le Bénin dans les classements internationaux relatifs à l’environnement des affaires.
Toutefois, ce cycle de réformes s’est accompagné d’une reconfiguration du champ politique, marquée par une rationalisation du système partisan et un encadrement plus strict de la compétition électorale. Si ces mesures ont été justifiées au nom de la stabilité institutionnelle, elles ont également suscité des interrogations quant à la vitalité du pluralisme démocratique.

II. 2021–2026 : accélération de la croissance et ambition de transformation structurelle
Le second mandat amorce un changement d’échelle, passant d’une logique de stabilisation à une stratégie de transformation économique.
Les indicateurs macroéconomiques témoignent d’une dynamique robuste. Entre 2021 et 2024, la croissance du produit intérieur brut s’est maintenue à des niveaux élevés, oscillant autour de 6 à 6,5 %, avec des projections avoisinant 6,8 % à l’horizon 2026. Cette trajectoire positionne le Bénin parmi les économies les plus dynamiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Cette performance repose en partie sur des investissements soutenus dans les infrastructures, notamment dans les secteurs du transport, de l’énergie et de l’eau. La modernisation du port de Cotonou et le développement de zones économiques spéciales, telles que la zone industrielle de Glo-Djigbé, traduisent une volonté explicite de favoriser l’industrialisation et la transformation locale des matières premières, en particulier le coton.
Sur le plan social, certains indicateurs enregistrent des améliorations mesurables. L’accès à l’électricité en milieu rural s’est accru, tandis que les inégalités, mesurées par l’indice de Gini, ont connu une légère réduction. Néanmoins, ces progrès coexistent avec une perception persistante de fragilité du pouvoir d’achat, alimentée par des tensions sur les prix des biens de consommation courante.
Ainsi, si les agrégats macroéconomiques traduisent une réussite indéniable, leur traduction en amélioration tangible et immédiate des conditions de vie demeure partielle, ce qui alimente un décalage entre performance économique et perception sociale.

III. Le rôle de Romuald Wadagni : une stratégie financière au service de la transformation
Au cœur de cette trajectoire, Romuald Wadagni a joué un rôle déterminant dans la définition et la mise en œuvre de la stratégie économique.
Son action s’est caractérisée par une gestion active et innovante de la dette publique, combinant mobilisation de ressources extérieures et optimisation du profil d’endettement. L’émission d’eurobonds, y compris des instruments indexés sur des objectifs de développement durable, a permis au Bénin de diversifier ses sources de financement tout en renforçant sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux.
Par ailleurs, des opérations de reprofilage de la dette ont été conduites afin d’allonger les maturités et de réduire le coût du service de la dette, générant des marges budgétaires supplémentaires. Cette approche s’inscrit dans une logique d’ingénierie financière visant à concilier soutenabilité de la dette et financement des investissements structurants.
Au-delà des aspects techniques, cette stratégie a contribué à repositionner le Bénin comme un acteur crédible sur la scène financière internationale, souvent cité comme un « bon élève » par les institutions financières.

IV. Promesses et réalisations : une lecture d’ensemble
L’analyse comparée des engagements initiaux et des résultats observés met en évidence une cohérence globale de l’action publique sur le plan économique.
Les promesses relatives à la stabilisation macroéconomique, à l’amélioration du climat des affaires et à l’accélération de la croissance ont été, dans une large mesure, tenues. Le Bénin a consolidé ses fondamentaux économiques et renforcé son attractivité auprès des investisseurs.
L’ambition de transformation structurelle, bien qu’engagée de manière tangible, reste en cours de réalisation. Les projets industriels et les infrastructures posent les bases d’une économie plus diversifiée, mais leurs effets complets sur l’emploi et la réduction de la pauvreté nécessitent un horizon temporel plus long.
En revanche, les dimensions politiques et sociales du projet apparaissent plus contrastées. La consolidation de l’autorité de l’État et la recherche d’efficacité ont parfois été perçues comme se faisant au détriment de l’inclusivité politique. De même, les gains économiques, bien que réels, ne se traduisent pas encore pleinement dans le vécu quotidien de l’ensemble des populations.
Le bilan des deux mandats de Patrice Talon se distingue par une forte cohérence économique et une capacité notable à mettre en œuvre des réformes structurelles dans la durée. Le pays a su améliorer sa crédibilité financière, maintenir une croissance soutenue et amorcer une transformation de son appareil productif.
Le rôle de Romuald Wadagni apparaît, à cet égard, central, tant dans la consolidation des équilibres macroéconomiques que dans la projection du Bénin sur les marchés internationaux.
Toutefois, la consolidation de ce modèle dépendra de sa capacité à élargir ses bénéfices à l’ensemble de la société et à renforcer les mécanismes d’adhésion politique. À l’horizon 2026 et au-delà, l’enjeu pour le Bénin ne sera pas seulement de maintenir une croissance élevée, mais de parvenir à une articulation plus étroite entre performance économique, inclusion sociale et équilibre institutionnel.
Dans cette perspective, l’expérience béninoise constitue un cas d’étude significatif pour les économies africaines engagées dans des trajectoires similaires : celle d’un réformisme économique ambitieux, confronté à la nécessité de produire simultanément efficacité, équité et légitimité.

