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	<title>Politique de développe Archives - ADN Politics</title>
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	<description>Comprendre la politique autrement</description>
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	<title>Politique de développe Archives - ADN Politics</title>
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		<title>LA TRANSITION PERPÉTUELLE GABONAISE, FRESQUE D’UN ÉTAT PETROLIER EN QUÊTE DE RÉINVENTION</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yannick Bogui]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Jul 2026 23:49:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyses et Perspectives]]></category>
		<category><![CDATA[Politique de développement]]></category>
		<category><![CDATA[Politique de développe]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Libreville, juillet 2026, deux ans et demi après le coup d’État du 30 août 2023 qui a renversé la dynastie Bongo, le Gabon se trouve à la croisée des chemins. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), présidé par le général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, a promis une refondation. Pourtant, l’analyse des agrégats macroéconomiques et [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Libreville, juillet 2026, deux ans et demi après le coup d’État du 30 août 2023 qui a renversé la dynastie Bongo, le Gabon se trouve à la croisée des chemins. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), présidé par le général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, a promis une refondation. Pourtant, l’analyse des agrégats macroéconomiques et des actes de gouvernance révèle une vérité plus inconfortable : le pays négocie un virage existentiel entre l’épuisement de son modèle rentier historique et la tentation d’une restauration autoritaire à visage militaire.</em></strong></p><figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="770" height="470" src="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Petrole-Gabon-770x470-1.webp" alt="" class="wp-image-7788" srcset="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Petrole-Gabon-770x470-1.webp 770w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Petrole-Gabon-770x470-1-300x183.webp 300w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Petrole-Gabon-770x470-1-768x469.webp 768w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Petrole-Gabon-770x470-1-760x464.webp 760w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /></figure><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>La malédiction du brut : une économie en panne sèche</strong></p><p>Le Gabon illustre de façon paradigmatique le syndrome hollandais. Avec une population estimée à <em>2,4 millions d’habitants</em>, le pays affiche l’un des PIB par habitant les plus élevés d’Afrique subsaharienne (<em>environ 8 600 dollars en 2025 selon les projections du FMI</em>). Mais ce chiffre est une illusion statistique qui masque une réalité bien plus sombre : une économie en déclin structurel.</p><p>La dépendance au pétrole reste abyssale. En 2024, les hydrocarbures représentaient encore <strong>38 % du PIB, 60 %</strong> des recettes budgétaires et près de <strong>80 %</strong> des exportations. Or, la production pétrolière gabonaise suit une pente inexorable. Des données actualisées du ministère du Pétrole et de la <em>Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC)</em> indiquent un déclin continu : la production est passée de <em>230 000 barils/jour en 2015 à environ 195 000 barils/jour en 2024</em>. Les grands champs matures, notamment ceux de TotalEnergies à Port-Gentil, s’épuisent, et les découvertes en offshore profond tardent à compenser cette déplétion.</p><p>Cette contraction a des conséquences directes sur les finances publiques. Après l’embellie post-Covid liée à la flambée des cours, la croissance du PIB réel est retombée à <em>2,4 % en 2024 et devrait stagner autour de 2,9 % en 2025 selon la Direction générale de l’économie</em>. Un chiffre insuffisant pour une population jeune dont le taux de chômage officiel (données 2023) frôle les 36 % chez les 15-35 ans, masquant un sous-emploi massif.</p><p>La transition a hérité d’une montagne de dettes. En 2024, la dette publique a franchi le seuil des <em>70 % du PIB</em>, bien au-delà du critère de convergence <em>CEMAC fixé à 70 %</em>. Les arriérés intérieurs, accumulés durant les dernières années du régime Bongo, s’élevaient à plus de <em>800 milliards de FCFA</em>, asphyxiant le secteur privé local. Si le CTRI a soldé une partie de ces arriérés via des titrisations, la soutenabilité à moyen terme reste précaire, dépendante d’un programme en cours de négociation avec le FMI dont la conclusion est sans cesse repoussée.</p><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>La gouvernance de la transition : entre purge cosmétique et consolidation oligarchique</strong></p><figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="1280" height="853" src="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/6dae873_2023-09-04t180825z-221378761-rc2u13alxqth-rtrmadp-3-gabon-security.avif" alt="" class="wp-image-7790"/></figure><p>Sur le front de la gouvernance, le diagnostic est contrasté. Le régime d’<strong>Oligui Nguema </strong>a indéniablement mis en scène la rupture judiciaire. Les procès très médiatisés de l’ancienne Première dame, <strong>Sylvia BONGO</strong>, et de son fils <strong>Noureddin BONGO Valentin</strong>, condamnés pour corruption et détournement de fonds publics, ont marqué une césure symbolique. La confiscation de biens mal acquis&nbsp;: villas, comptes bancaires, véhicules de luxe, a été transformée en spectacle de la transparence.</p><p>Cependant, une lecture plus structurelle des institutions de la transition nourrit le scepticisme. Le projet de nouvelle <em>Constitution, approuvé par référendum en novembre 2024 avec <strong>91,8 %</strong></em> des voix, un score qui rappelle les plébiscites d’un autre âge, instaure un régime hyper-présidentialiste. La limitation du mandat présidentiel à deux septennats renouvelables une seule fois est certes une avancée, mais le texte ne prévoit pas de mécanisme solide de verrouillage contre la candidature du président de la transition lui-même à la prochaine élection, désormais prévue en août 2026 après un glissement du calendrier initial.</p><p>Sur le plan économique, le rapport 2024 de <em>Transparency International</em> maintient le Gabon à la <em>136e place sur 180, avec un score de 28/100</em>, quasiment inchangé. La réalité de la captation des marchés publics est documentée par les audits de la Cour des comptes : <em>en 2024, plus de 45 % des marchés attribués en procédure d’urgence par le CTRI l’ont été à des sociétés nouvellement créées, souvent sans historique sectoriel avéré</em>. Le poids des officiers généraux et de leur entourage dans les conseils d’administration des grandes entreprises publiques, comme la <em>Gabon Oil Company ou SEEG</em>, s’est alourdi, dessinant les contours d’un capitalisme de connivence militaire.</p><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>La forêt, éternelle dernière frontière</strong></p><figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="624" src="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Parc-National-dIvindo2_-1024x624.jpg" alt="" class="wp-image-7789" srcset="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Parc-National-dIvindo2_-1024x624.jpg 1024w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Parc-National-dIvindo2_-300x183.jpg 300w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Parc-National-dIvindo2_-768x468.jpg 768w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Parc-National-dIvindo2_-860x524.jpg 860w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Parc-National-dIvindo2_-760x463.jpg 760w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/07/Parc-National-dIvindo2_.jpg 1280w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure><p>Le paradoxe gabonais réside dans son atout le plus sous-valorisé : le capital naturel. Le Gabon est le deuxième poumon forestier de la planète, absorbant <em>140 millions de tonnes de CO</em><em>₂</em> chaque année, soit plus que ses émissions nationales. Le pays a été le premier en Afrique à signer un accord avec la Norvège pour la rémunération des efforts de réduction de la déforestation, touchant <em>150 millions de dollars sur dix ans</em>.</p><p>Pourtant, l’économie du bois reste prisonnière d’une logique extractive à faible valeur ajoutée. L’interdiction d’exporter des grumes, instaurée en 2010 pour favoriser la transformation locale, a été fragilisée par des dérogations. En 2024, les volumes de sciages exportés vers l’Asie ont augmenté de <strong>12 %</strong>, mais la part de la transformation de troisième niveau (meubles, contreplaqués) stagne à moins de <strong>5 %</strong> de la filière. Le Gabon rate le virage de la valorisation des crédits carbone : en 2025, moins de <strong>5 %</strong> de son couvert forestier est sous certification carbone active, alors que le marché volontaire mondial est estimé à 2 milliards de dollars.</p><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>Le défi de l’après-transition : un consensus d’élites ou un pacte social ?</strong></p><p>La question fondamentale, en ce mois de juillet 2026, n’est pas seulement la tenue d’élections, mais le modèle de société qui émergera. Le dialogue national d’avril 2024 a produit un catalogue de 1 200 résolutions, mais les réformes de fond, refonte du cadastre, fiscalité progressive, refonte de la fonction publique pléthorique qui absorbe <strong>45 %</strong> du budget de l’État, sont repoussées à l’après-élection.</p><p>Le Gabon joue une partition délicate. La manne pétrolière a créé une classe moyenne administrative mais pas de tissu productif. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) reste bloqué à <em>150 000 FCFA (230 euros)</em>, érodé par une inflation importée qui a culminé à <strong>4,8 %</strong> en 2023 avant de refluer à 3,2 % en 2025.</p><p>L’équation est claire et périlleuse : <em>comment passer d’un État rentier, où la stabilité dépendait de la redistribution clientéliste des revenus pétroliers, à un État développeur capable de libérer les forces productives ?</em> Le CTRI a restauré un ordre sécuritaire et amorcé un assainissement des comptes publics. Mais sans une redistribution équitable des fruits de la croissance et une diversification réelle, le Gabon risque de rejouer le scénario d’une modernisation conservatrice, où le changement d’hommes ne ferait que prolonger la longévité du système.</p><p>L’horloge tourne. En 2030, selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de pétrole atteindra son pic. Pour le Gabon, l’urgence n’est pas seulement de voter, mais de se réinventer avant que la rente ne meure pour de bon.</p><p>The post <a href="https://adn-politics.com/la-transition-perpetuelle-gabonaise-fresque-dun-etat-petrolier-en-quete-de-reinvention/">LA TRANSITION PERPÉTUELLE GABONAISE, FRESQUE D’UN ÉTAT PETROLIER EN QUÊTE DE RÉINVENTION</a> appeared first on <a href="https://adn-politics.com">ADN Politics</a>.</p>
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		<title>LA FABRIQUE DE L’ETRANGER : QUAND L’ARC-EN-CIEL SUD-AFRICAIN SE TEINTE DE XENOPHOBIE</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yannick Bogui]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 15:49:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Échos économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Politique de développement]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Politique de développe]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le township de Diepsloot, au nord de Johannesburg, les traces de l’incendie sont encore visibles sur les tôles ondulées. En avril 2022, sept jeunes Zimbabwéens y ont été brûlés vifs, lynchés par une foule armée de pierres et de bidons d’essence. Leur crime ? Être nés de l’autre côté du Limpopo, dans un pays [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Dans le township de Diepsloot, au nord de Johannesburg, les traces de l’incendie sont encore visibles sur les tôles ondulées. En avril 2022, sept jeunes Zimbabwéens y ont été brûlés vifs, lynchés par une foule armée de pierres et de bidons d’essence. Leur crime ? Être nés de l’autre côté du Limpopo, dans un pays que les frustrations locales désignent désormais comme la source de tous les maux : chômage endémique, criminalité galopante, services publics défaillants. Ce drame, d’une brutalité insoutenable, n’est pas un épisode isolé. Il est le symptôme le plus aigu d’une pathologie profonde qui ronge la nation arc-en-ciel : la xénophobie afrophobe, ce rejet violent des ressortissants d’autres pays africains par une partie de la population noire sud-africaine, dans un silence assourdissant des autorités.</em></strong></p><figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-1024x682.png" alt="" class="wp-image-7740" srcset="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-1024x682.png 1024w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-300x200.png 300w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-768x512.png 768w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-330x220.png 330w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-420x280.png 420w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-615x410.png 615w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-860x573.png 860w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests-760x506.png 760w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/46f8e99_ftp-1-m2fwfii3bkse-2026-04-28t160203z-2032479606-rc28yka0qn5n-rtrmadp-3-safrica-protests.png 1280w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>La mécanique du bouc émissaire dans un État en échec</strong> </p><figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="707" src="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/13333-1024x707.png" alt="" class="wp-image-7741" srcset="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/13333-1024x707.png 1024w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/13333-300x207.png 300w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/13333-768x530.png 768w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/13333-860x593.png 860w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/13333-760x524.png 760w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/13333.png 1100w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure><p>Pour saisir la racine du mal, il faut plonger dans les chiffres d’une gouvernance socio-économique en faillite. L’Afrique du Sud est, de loin, le pays le plus inégalitaire au monde, avec un coefficient de Gini supérieur à 0,65. Selon <strong>Statistics South Africa</strong>, le taux de chômage officiel a atteint <strong>32,9 %</strong> au premier trimestre 2024, mais la réalité est plus brutale encore : en utilisant la définition élargie qui inclut les travailleurs découragés ayant renoncé à chercher un emploi, ce taux culmine à <strong>41,9 %</strong>. Chez les jeunes de 15 à 34 ans, il dépasse les <strong>60 %</strong>. Ce désastre social frappe de manière disproportionnée la majorité noire, pour qui la promesse de libération économique post-apartheid, formulée il y a trente ans par l’ANC, reste une chimère.</p><p>Dans ce contexte de rareté et de compétition pour des ressources en peau de chagrin, une rhétorique empoisonnée s’est imposée : celle de l’étranger voleur d’emplois, du migrant délinquant, du dealer nigérian. Elle est distillée par des leaders d’opinion populistes, des syndicalistes en quête de boucs émissaires faciles, et même des figures politiques de premier plan. L’opération «&nbsp;<em><u>Dudula</u></em>&nbsp;» («&nbsp;repousser&nbsp;» en zoulou), mouvement né en 2021, a systématisé la chasse aux migrants africains, organisant des descentes dans les commerces tenus par des étrangers et des barrages illégaux. Son discours est simple : les Nigérians contrôlent le trafic de drogue, les Pakistanais et Bangladais tiennent les épiceries, les Zimbabwéens acceptent des salaires de misère. Tous «&nbsp;volent&nbsp;» ce qui revient de droit aux Sud-Africains.</p><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>Les données d’une violence ciblée</strong> </p><p>Les organisations de défense des droits humains documentent une violence qui ne relève pas de l’explosion sporadique, mais bien d’une persécution systémique. L’<strong>ONG Xenowatch</strong>, basée à l’<strong>Université du Witwatersrand</strong>, a recensé depuis 1994 plus de 600 incidents xénophobes majeurs, causant la mort d’au moins 500 personnes et le déplacement de plus de 100 000 autres. Les pics de violence de 2008 (62 morts) et de 2019 (plus de 10 morts) ont marqué la conscience internationale, mais la violence de basse intensité est continue. Le rapport 2023 de <strong>Human Rights Watch</strong> souligne une augmentation de 27 % des agressions ciblant des ressortissants africains dans les provinces de Gauteng et du KwaZulu-Natal. Les Ghanéens, Nigérians, Zimbabwéens et Congolais sont les premières cibles. Le « profilage par l’accent » ou par le nom de famille est une pratique courante lors d’interpellations policières ou d’accès aux soins d’urgence. </p><figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="652" src="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/1444x920_une-manifestation-a-johannesburg-en-afrique-du-sud-ensanglantee-depuis-trois-semaines-par-des-1024x652.png" alt="" class="wp-image-7742" srcset="https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/1444x920_une-manifestation-a-johannesburg-en-afrique-du-sud-ensanglantee-depuis-trois-semaines-par-des-1024x652.png 1024w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/1444x920_une-manifestation-a-johannesburg-en-afrique-du-sud-ensanglantee-depuis-trois-semaines-par-des-300x191.png 300w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/1444x920_une-manifestation-a-johannesburg-en-afrique-du-sud-ensanglantee-depuis-trois-semaines-par-des-768x489.png 768w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/1444x920_une-manifestation-a-johannesburg-en-afrique-du-sud-ensanglantee-depuis-trois-semaines-par-des-860x548.png 860w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/1444x920_une-manifestation-a-johannesburg-en-afrique-du-sud-ensanglantee-depuis-trois-semaines-par-des-760x484.png 760w, https://adn-politics.com/wp-content/uploads/2026/06/1444x920_une-manifestation-a-johannesburg-en-afrique-du-sud-ensanglantee-depuis-trois-semaines-par-des.png 1444w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure><p>Ce qui est le plus frappant, c’est la nature intra-raciale de cette violence. Ici, ce ne sont pas des suprémacistes blancs qui agressent des Noirs, mais des Noirs sud-africains qui s’en prennent à d’autres Noirs, perçus comme des « aliens ». La nationalité est devenue le marqueur identitaire ultime, fracturant le panafricanisme de façade affiché par la rhétorique officielle de l’ANC. Cette xénophobie afrophobe est le révélateur d’une crise plus profonde de la citoyenneté : à qui appartient la nation sud-africaine ? Le pacte social post-apartheid n’ayant pas tenu ses promesses économiques, une partie de la population redessine les frontières de la légitimité sur des bases ethnicisées et nationalistes.</p><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>Le silence calculé des autorités</strong></p><p>Face à ce fléau, la réponse de l’État sud-africain oscille entre déni, complaisance cynique et incompétence chronique. Le président Cyril Ramaphosa, qui se veut le champion d’un «&nbsp;renouveau africain&nbsp;» sur la scène continentale, s’est longtemps muré dans un silence révélateur. Lors des flambées de violence, ses déclarations condamnent poliment «&nbsp;les actes criminels&nbsp;», sans jamais nommer frontalement la xénophobie, ni engager la responsabilité morale de son gouvernement. Ce refus de nommer le mal est un acte politique en soi.</p><p>Ce silence est doublé d’une inaction policière et judiciaire quasi systématique. Un rapport accablant de la Fondation Ahmed Kathrada, publié en 2023, montre que sur 500 meurtres xénophobes documentés, moins de 10 % ont abouti à une condamnation. Les forces de l’ordre sont souvent accusées d’être elles-mêmes des vecteurs de violence, procédant à des arrestations arbitraires dans les communautés migrantes et extorquant des pots-de-vin. Pendant les émeutes meurtrières de juillet 2021, qui ont fait plus de 350 morts, de nombreux témoignages ont fait état de la participation active de policiers aux pillages ciblant les commerçants étrangers.</p><p>Au niveau institutionnel, le ministère de l’Intérieur, dirigé par Aaron Motsoaledi, a fait de la xénophobie une politique d’État à bas bruit. La décision de ne pas renouveler les permis de séjour spéciaux pour près de 180 000 Zimbabwéens, qui vivent légalement dans le pays depuis plus d’une décennie, est une bombe à retardement humanitaire. Ces Zimbabwe Exemption Permits, en voie d’extinction, jettent dans l’illégalité et la précarité des familles entières, les livrant sans défense à l’exploitation patronale et à la vindicte populaire. C’est la violence structurelle de l’État qui vient légitimer la violence physique de la rue.</p><p class="has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background"><strong>L’échec d’une gouvernance à dépasser l’ethnicisme</strong></p><p>L’ANC, autrefois fer de lance du combat contre l’oppression raciale, est aujourd’hui un parti en déliquescence morale et stratégique. Incapable de réformer une économie extractive qui ne crée pas d’emplois pour la masse de sa population peu qualifiée, il préfère détourner la colère sociale vers des cibles vulnérables. La stratégie est vieille comme le national-populisme : externaliser la cause de l’échec gouvernemental. Les migrants africains sont le paratonnerre d’une gouvernance en faillite.</p><p>Cette défaillance est aggravée par un discours d’excuse culturelle. Une partie de l’intelligentsia décoloniale sud-africaine, d’ordinaire si prompte à déconstruire les héritages coloniaux, reste étrangement silencieuse sur le sujet. Pis, certains justifient cette xénophobie comme une conséquence «&nbsp;compréhensible&nbsp;» de l’oppression blanche, une sorte de chaîne de violence où le faible s’en prend au plus faible. Ce misérabilisme intellectuel dénie aux victimes africaines leur humanité pleine et entière.</p><p>L’Afrique du Sud est à un tournant. La promesse de 1994 n’est pas seulement trahie par la corruption et l’incompétence, elle est désormais souillée par le sang de frères africains versé dans les rues de Soweto et d’Alexandra. La nouvelle Afrique du Sud, celle de la jeunesse qui n’a pas connu l’apartheid et pour qui les figures historiques de l’ANC ne sont que des statues lointaines, construit son identité sur le ressentiment. Sans un sursaut politique majeur qui s’attaque aux racines inégalitaires du pays et qui ose éduquer la population contre ce poison, l’arc-en-ciel sud-africain ne sera bientôt plus qu’une nuance de noir, repliée sur elle-même et hostile à tout ce qui lui est extérieur. Le rêve de Mandela s’éloigne, étouffé par les fumées toxiques des pneus brûlés sous lesquels on lynche, en plein jour, des damnés de la terre.</p><p>The post <a href="https://adn-politics.com/la-fabrique-de-letranger-quand-larc-en-ciel-sud-africain-se-teinte-de-xenophobie/">LA FABRIQUE DE L’ETRANGER : QUAND L’ARC-EN-CIEL SUD-AFRICAIN SE TEINTE DE XENOPHOBIE</a> appeared first on <a href="https://adn-politics.com">ADN Politics</a>.</p>
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